Mount Stephen club, rue Drummond. Plafonds en acajou cubain, planchers de chêne et de noyer, décoration riche et surchargée. Le manteau de cheminée en marbre, où figurent les armoiries de la Reine d'Angleterre, est couronné des trophées en argent massif que s'échangent, année après année, les membres de ce club prestigieux de Montréal.
Au fond, après le hall d'entrée, une salle réservée par la Tel Aviv Foundation. Petite musique classique. Hommes et femmes vêtus avec élégance. Un mélange d'anglais, de français et quelques mots de yiddish. En mangeant des petits fours, ils attendent leur invité, le maire de Montréal, Gérald Tremblay.
jeudi 22 octobre 2009
mardi 20 octobre 2009
Le Petit Prince de Longueuil
Linda est blonde et a un joli piercing en forme de soleil sur l’aile du nez. Frédéric a 17 ans, une casquette et une ombre de moustache. Ils sont assis à une table dans les modestes locaux d’un groupe communautaire. Et dans cette improbable salle de classe, ils rejouent ensemble cette scène où le Petit Prince apprivoise le renard. Linda joue le rôle le Petit Prince, et elle a la mission d’apprivoiser Frédéric. Pour lui apprendre à lire.
Frédéric a 17 ans. Il fait partie de ce pourcentage affolant de jeunes qui ont passé plusieurs années sur les bancs d’école et qui en ressortent incapables sinon de lire, du moins de comprendre ce qu’ils lisent. Bref, il est analphabète. Comme Jacques Demers, qui, lui, a au moins l’excuse d’avoir soixante ans passés.
Frédéric et Linda lisent donc ensemble Le Petit Prince. Ils lisent à tour de rôle. Frédéric déchiffre péniblement les sons. En sourdine, par la fenêtre, on entend les cris provenant d’une cour d’école voisine. Dire que Frédéric a détesté l’école serait un euphémisme. Il a haï chaque minute passée sur les bancs d’école. Et aujourd’hui, dans les modestes locaux d’un groupe communautaire, Linda essaie de réparer ce que l’école a cassé.
Frédéric a 17 ans. Il fait partie de ce pourcentage affolant de jeunes qui ont passé plusieurs années sur les bancs d’école et qui en ressortent incapables sinon de lire, du moins de comprendre ce qu’ils lisent. Bref, il est analphabète. Comme Jacques Demers, qui, lui, a au moins l’excuse d’avoir soixante ans passés.
Frédéric et Linda lisent donc ensemble Le Petit Prince. Ils lisent à tour de rôle. Frédéric déchiffre péniblement les sons. En sourdine, par la fenêtre, on entend les cris provenant d’une cour d’école voisine. Dire que Frédéric a détesté l’école serait un euphémisme. Il a haï chaque minute passée sur les bancs d’école. Et aujourd’hui, dans les modestes locaux d’un groupe communautaire, Linda essaie de réparer ce que l’école a cassé.
dimanche 18 octobre 2009
Le violoncelliste grincheux
Il a une tête de figurant dans un film en noir et blanc qui raconterait les saloperies des nazis. Il est vieux, cheveux épars, nez un peu gros. Toujours vêtu d'un pantalon sombre et d'une chemise blanche. Il joue du violoncelle, station Crémazie.
Contrairement à la plupart des musiciens du métro emportés par leur air, lui joue par petits à-coups, qui suivent les vagues d'usagers déferlant des escaliers mobiles. Il joue d'abord avec un grand sourire. Quelqu'un lui donne? Il continue avec un enthousiasme décuplé. Dans le cas contraire, il arrête et désigne avec son archet les quelques pièces esseulées dans son grand étui noir. Il touille les trois pauvres petites pièces en engueulant dans un sabir incompréhensible ces passants incultes et pingres.
Est-ce du polonais, du russe, du yiddish? Aucune idée.
Et quand il n'y a plus personne, eh bien, il ne joue plus.
Contrairement à la plupart des musiciens du métro emportés par leur air, lui joue par petits à-coups, qui suivent les vagues d'usagers déferlant des escaliers mobiles. Il joue d'abord avec un grand sourire. Quelqu'un lui donne? Il continue avec un enthousiasme décuplé. Dans le cas contraire, il arrête et désigne avec son archet les quelques pièces esseulées dans son grand étui noir. Il touille les trois pauvres petites pièces en engueulant dans un sabir incompréhensible ces passants incultes et pingres.
Est-ce du polonais, du russe, du yiddish? Aucune idée.
Et quand il n'y a plus personne, eh bien, il ne joue plus.
vendredi 16 octobre 2009
Vendredi dans St-Michel
Une bande d'enfants, massés au bout du wagon du métro. Leurs visages ont toutes les nuances du brun: du café avec beaucoup de lait au chocolat noir à 70%. La plus petite est une fillette d'au plus sept ans. Le plus grand a douze ou treize ans. Ils portent tous l'uniforme d'une école privée. Ils reviennent chez eux, à la maison. Dans St-Michel.
Au moment où le train s'arrête et les portent s'ouvrent, ils entonnent, tous en choeur, au diapason de la voix de femme électronique crachée par les hauts-parleurs:
Station St-Michel. Terminus. Merci d'avoir voyagé avec la STM. La STM vous souhaite une bonne journée.
Cascade de rires.
Puis, ils s'égaillent sur le quai du métro, comme une volée de petits moineaux.
Ils sont chez eux, dans St-Michel.
Et c'est vendredi.
Au moment où le train s'arrête et les portent s'ouvrent, ils entonnent, tous en choeur, au diapason de la voix de femme électronique crachée par les hauts-parleurs:
Station St-Michel. Terminus. Merci d'avoir voyagé avec la STM. La STM vous souhaite une bonne journée.
Cascade de rires.
Puis, ils s'égaillent sur le quai du métro, comme une volée de petits moineaux.
Ils sont chez eux, dans St-Michel.
Et c'est vendredi.
mercredi 14 octobre 2009
Big J
Si vous croisiez Big J dans une rue de Montréal-Nord, son habitat naturel, je parie que vous éviteriez son regard. Comme quand on croise quelqu'un dont on a -un peu- peur. Big J, comme son nom l'indique, est grand et baraqué. La dernière fois que je l'ai vu, il portait un immense chandail des Steelers de Pittsburgh. Pour les ignares du sport comme moi, c'est une équipe de football. Couplez le chandail à un flot de dreadlocks encapuchonné dans une casquette molle de rasta et de grosses lunettes fumées. Évidemment, avec un look pareil, vous vous doutez bien qu'il est Noir.
Avouez-le. Vous croisez Big J dans les rues de Montréal-Nord, et vous pensez: gang de rue. Vous regardez droit devant vous et vous avez un peu peur.
Mais en regardant droit devant vous, vous avez probablement manqué son sourire. Or, c'est quand il sourit que Big J révèle sa vraie nature. Il a des fossettes sur ses grandes joues. Des dents bien alignées, de grandes palettes. Un sourire de ti-cul. Et c'en est un. Un ti-cul de Montréal-Nord.
Il a maintenant 30 ans et il travaille aux Fourchettes de l'espoir. Vous savez, l'organisme communautaire situé coin Pascal et Rolland. En plein là où les voitures ont pris feu en août 2008.
Il y a quelques temps, Big J et son ami Gethro Auguste, ont organisé des rencontres électorales en plein dans le Bronx de Montréal-Nord. Des rencontres qui se tenaient au café Lakay, un boui-boui qui sert de la bouffe haïtienne. Un comptoir, quelques tables. Et des candidats.
Dans la salle, il y avait des jeunes et des vieux. Pour la plupart, des gens politisés, qui ont posé de bonnes questions.
Mais l'intéressant, dans cette soirée-là, était dehors. Devant le resto.
Là, il y avait des jeunes qui flânaient. Pardon, qui chillaient. Ils écoutaient. Ils n'osaient pas entrer. Pas cette fois. Mais ils ont vu, pour la première fois, des candidats aux élections se pointer chez eux. Chez Lakay. Ils ont vu qu'on pouvait leur poser des questions. Des vraies questions.
Et ça, ça vaut probablement quinze tables de concertation.
Avouez-le. Vous croisez Big J dans les rues de Montréal-Nord, et vous pensez: gang de rue. Vous regardez droit devant vous et vous avez un peu peur.
Mais en regardant droit devant vous, vous avez probablement manqué son sourire. Or, c'est quand il sourit que Big J révèle sa vraie nature. Il a des fossettes sur ses grandes joues. Des dents bien alignées, de grandes palettes. Un sourire de ti-cul. Et c'en est un. Un ti-cul de Montréal-Nord.
Il a maintenant 30 ans et il travaille aux Fourchettes de l'espoir. Vous savez, l'organisme communautaire situé coin Pascal et Rolland. En plein là où les voitures ont pris feu en août 2008.
Il y a quelques temps, Big J et son ami Gethro Auguste, ont organisé des rencontres électorales en plein dans le Bronx de Montréal-Nord. Des rencontres qui se tenaient au café Lakay, un boui-boui qui sert de la bouffe haïtienne. Un comptoir, quelques tables. Et des candidats.
Dans la salle, il y avait des jeunes et des vieux. Pour la plupart, des gens politisés, qui ont posé de bonnes questions.
Mais l'intéressant, dans cette soirée-là, était dehors. Devant le resto.
Là, il y avait des jeunes qui flânaient. Pardon, qui chillaient. Ils écoutaient. Ils n'osaient pas entrer. Pas cette fois. Mais ils ont vu, pour la première fois, des candidats aux élections se pointer chez eux. Chez Lakay. Ils ont vu qu'on pouvait leur poser des questions. Des vraies questions.
Et ça, ça vaut probablement quinze tables de concertation.
Mini Georges Lucas
Entendu hier dans mon salon:
-Bon, on va faire une bataille. Toi, tu es le Bien. Et moi, je suis le Mal.
Eh ben.
-Bon, on va faire une bataille. Toi, tu es le Bien. Et moi, je suis le Mal.
Eh ben.
lundi 12 octobre 2009
Odd couple
Il a un manteau marine élimé, un kangourou gris, des broches et des lunettes à la Robert Bourassa, version premier mandat.
Elle a des skinny jeans, un manteau de cuir noir cintré, des ongles peints et des cheveux soigneusement lissés au fer plat.
Il joue avec ses cheveux; elle le regarde d'un oeil boudeur.
Odd couple.
Elle a des skinny jeans, un manteau de cuir noir cintré, des ongles peints et des cheveux soigneusement lissés au fer plat.
Il joue avec ses cheveux; elle le regarde d'un oeil boudeur.
Odd couple.
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